Une poussée d’imagination, une volonté d’écriture, un
désir d’expression ?
Le
thème du prochain numéro de la revue sera
« paroles
de baignoire »
Ne
tergiversez pas, envoyez-nous vos écrits
avant le
1er avril 2007 ! Ce n’est pas une blague :
vous serez peut-être publié dans notre cinquième
numéro en ligne : Les Muses à tremplin est une
revue électronique que vous pouvez lire via
notre site.
Vous
souhaitez vous exprimer, venir partager vos points de
vue sur l’écriture, découvrir des auteurs, des styles,
des actualités, rejoignez-nous aussi sur notre
blog !
A bientôt
sur la toile !
Sans faire de bruit,
par le
geste et le regard, la pensée indicible, des mots de
feutre au tableau coloré du peintre, de l’enfance
souffrante à la maturité érotisante, que ces
quelques textes vous emportent comme ils ont porté
leurs auteurs.
— Je te préviens —
— Tu
veux bien te taire, s’il te plaît, mon ange ?
Elles sont sympa, tes histoires de cour de récré,
mais on n’entend plus la télé. Et puis, tu ne
fournis vraiment aucun effort. Quand tu parles,
on ne comprend pas un mot sur deux.
Articule ! Je vais lui dire, moi, à ton
orthophoniste, ce que je pense de ses séances de
rééducation.
— Va
mâcher ton chewing-gum plus loin, ma chérie. Ton
bruit de mastication, ça me donne des crampes à
la mâchoire. En plus, tu n’arrêtes pas de baver.
Va t’essuyer à la cuisine. C’est pourtant pas
sorcier de faire comme tout le monde :
fermer la bouche quand on mâche !
—
Écoute, mon bébé, ne te mets pas dans des états
pareils ! Tu peux toujours crier, ça n’y
changera rien : le docteur a dit trois
heures par jour. Et cesse de pleurer, ça va
mouiller ton pansement, on ne pourra plus le
décoller tout à l’heure. C’est peut-être pénible,
mais c’est ça, ou tu continues à tenir ta tête de
travers. Et les princesses ne tiennent pas leur
tête de travers. Tu veux être une princesse,
n’est-ce pas ?
— On
se demande parfois si tu ne fais pas exprès. Tu
ne l’avais pas vue, cette crotte de chien ?
Arrête de pleurer, tout le monde nous regarde.
Une fois de plus… C’est bien la peine d’avoir mis
une somme pareille dans ta paire de lunettes.
Vraiment, ça n’arrive qu’à toi. Comment ça, ce
n’est pas de ta faute si tu n’y vois rien !
C’est de la mienne, peut-être ?
— Je
t’aime, ma caille, tu le sais. Mais franchement,
tu m’épuises. Pourquoi est-ce toujours aussi
compliqué ? Tu as un maillot rose, à faire
pâlir d’envie toutes les petites filles de la
piscine, des brassards ultra larges gonflés par
ton papa, j’accepte de t’accompagner alors que je
suis enrhumée. Et non, il y a encore quelque
chose qui ne va pas. Il faut encore que tu
pleures. Ils n’ont pas peur de l’eau, les autres
enfants. Alors pourquoi, toi, tu aurais encore
besoin de te distinguer ?
Pourquoi
qu’elle cause toujours autant. Elle pourrait pas
se taire, histoire que j’en case une ? C’est
la même ritournelle, tous les jours ; ses
colliers de mots, c’est tout plein d’angles. Ses
mots d’amour, c’est mauve comme des chardons.
Ils sont pas beaux, mes mots, qu’elle dit. Ils
sortent de travers, et je les crache. Ils
flottent dans l’air, écorchés, pas finis. Mes
câlins, ça la brûle. J’sais pas non plus faire
des baisers : j’ai pas trouvé la clé qui
ferme les lèvres. Mes sourires sont des
rictus ; elle m’appelle son clown. Je peux
pas cligner des yeux, je fronce jamais les
sourcils. Elle m’appelle son baigneur.
Je suis un corps que la nature a mal loti. Je
suis l’ingratitude et la disharmonie. Je suis son
fœtus contrefait.
Je
sens bien qu’elle m’en veut, et je sais bien
pourquoi.
Mais
moi, parfois, je la déteste. Je la déteste d’être
si belle, elle qui m’a faite si laide. Je la
déteste parce qu’elle parle bien ; moi,
j’aimerais tant qu’elle parle beau. Je la déteste
parce qu’elle m’éduque, et qu’elle me
forme : elle sort sa lime, et elle
rabote ; avec ses mains, elle me
compresse ; avec ses bras, elle me
comprime ; et puis sa bouche, c’est pour
claquer.
Elle
voudrait bien que je fasse pas de bruit. Mes
bruits, elle les trouve incongrus. Mais moi, je
vais continuer à trébucher les mots, à grimacer
la vie. Tu m’empêcheras pas de marcher dans la
merde, parler trop haut et m’avancer toute de
travers.
Je te
préviens : je vais pas vivre sans faire de
bruit !
Sandrine Caroff
![]()
À
Propos de l'auteur :
Enseignante
de lettres et chercheur en littérature.
A
trouvé le goût d’écrire, et cherche à transmettre
celui de lire.
— L'œil du peintre (et autre texte) —
J’ai
serré la main, j’ai serré le pinceau bleu, trempé
dans un peu d’eau.
J’ai
serré ce visage à la fois muet et vibrant de
couleurs.
Le vent faisait tourner le paysage
mais l’homme restait immobile, contemplatif et
perplexe. Alors j’ai couru aux quatre coins du
ciel pour mélanger les nuances dans une danse
silencieuse, je mimais l’or des ajoncs, le gris
bleuté de la roche, je mimais l’asphalte, presque
noire et cette petite fille au bonnet rouge tout
droit sortie d’un tableau de Corot.
L’air
est de coton, je continue à rêver de couleurs qui
n’existent pas. Hélas ma palette est improbable
au matin. Je ne me décourage pas. Pendant ce
temps l’homme ne bouge pas, attend son tour.
Son immobilité est parfaite, je dirais qu’il
guette la lumière, son passage fugace sur la
lande dorée, à saisir l’éphémère, à boire les
couleurs comme un alcool doux et sucré. Le ciel
paraît s’arrêter et compter ses nuages, le soleil
cloue au sol le paysage et je veux croire que ce
n’est que pour le seul peintre. Ses doigts sont
sales d’avoir pris la peinture à bras le corps,
dans un combat intérieur. L’homme n’entend
rien, il n’est qu’un regard tendu comme un arc, à
dévorer le vent qui touche la peau de la
terre, imperceptiblement. Sa présence
silencieuse habite le monde.
Au-dessus du monde
Dans l’usine à former les nuages l’imaginaire lâche ses loups qui flairent la terre comme une ardoise. A la craie blanche ils marquent le tableau du ciel, la meute court sur le monde comme on glisse sur la grève, la conquête toujours, la conquête de nos horizons bas. Ton visage, là, tente d’exister entre deux cumulo-nimbus, je souris à déployer le vent, les nuages sont mes amis, ils dessinent des figures familières sur fond d’azur fou. Tout se fait en silence, la masse des nuages avance au ralenti mais avec grandeur et panache. Rien ne se touche vraiment, c’est comme palper le brouillard, on ne ressent que le froid. Le ciel est l’incomplétude du monde, le ciel est son envers, ce qui ne compte pas vraiment, à part toi qui imprime ton sourire au-dessus de ma maison. L’éther appartient aux amoureux dit-on, parce que là rien ne pèse vraiment en dehors des amants de Chagall qui se tiennent la main pour ne pas aimer trop haut.
Céline Raymond
![]()
À
Propos de l'auteur,
Agée
de quarante-trois ans, longtemps
guide-conférencière à Rennes, anime également des
ateliers d'écriture. La peinture, en plus de la
poésie est une de ses passions.
![]()
— Sans bruit —
Tout
sourire est une parade
tes
sanglots
des
images des ruades
ton
sourire est une parade
Des
misères loin du bruit
mettent
pourtant le monde à tes genoux
S'avancer
sans faire de bruit
toi
qui est sourd au coeur de la forêt
la
lune y est assourdie par la nuit
Tout
sourire est une parade
pour
des rêves à contempler
et
des rires
à
vouloir les garder
intérieurs
pour ne rien gâcher
Car
elle a dit : « sans
faire de bruit »
et
je me déplace sans mes bras sans mes mains
et
que je parlerai sans ma bouche sans mes poings
serrés
l'un contre l'autre pour ne rien rejeter
Faire
du bruit c'est ne rien garder...
Sans
bruit ? Sans dire donc, mais un dit verbalisé
alors, car le dire c'est autre chose que dire haut,
il y a dire bas, si bas que le silence fait encore
trop de bruit. Oui ,donc, parlons-en de ce bruit du
silence ? Le bruit du type sourd dans une forêt
vide ? Sans personne pour écouter pas de bruit qui
vaille. Reste qu'autour de moi je sens ton corps
fou, qui tremble et brûle d'effroi cependant trop
d'adresse ne marque pas naissance du bruit, et tes
silences corporels intensifiés font que je tombe à
genoux, et là quel bruit...dans mes os.
Sans
dire verbalisé alors : Peinture, les couleurs
agissent sans bruit extérieur, mais alors et le
bruit qu'elles causent en nos coeurs ? C'est
parfois une symphonie chorale, et dans le bleu
quelle audace, même s'il est masque réduit sur un
coeur, et dans ce vert quelle misère qui n'invite
pas aux problèmes...
La
chair ? Oui, l'usage de la chair ne fait pas de
bruit, elle est souple, malléable, sait se taire et
dire sans bruit. La chair donc reste seule à ne pas
crier sauf la dolor
mais
là...Elle peut être si muette qu'elle ne s'entend
pas n'est ce pas ? Tout autour de nous c'est
l'enfer, on chauffe encore le peu de nos vies et
s'empiler c'est au-delà de la morale, peut-être
pour ça aussi que le bruit ne se fait pas...
À la
chair
L'aveugle
de l'Aube in la Connaissance du
Soir, Joë
Bousquet :
« beau
monde où la lumière est la parabole du don de chair
Pensée du monde où je passe enveloppé de ce qui
pense […] Tombe pour devenir la main qui te retient
l'homme naît de rêver qu'il ne se connaît pas Une
femme est passée elle devient son rêve
Rend à l'homme une chair en se prenant pour
lui »
Les
mots ont besoin de la chair
comme
l'émotion a ses besoins
dans l'incarnation
C'est
le scion, le mont qui figure le Verbe, le coeur du
temps en séquences, qui repose en cycle le conte et
le pousse au mythe, aux besoins du désir la chair,
aux volontés de l'amour la chair, aux déli-r-c-es
de la passion ou de la colère la chair encore, il
n'est pas de pur esprit qui pourrait être Verbe,
car sans vivre la chair il ne p-l-eut(x) plus sur
soi mais seulement en soi.
Bousquet,
Quignard et Morgiève, et voilà tout est
Vertig
quand
les petits traités se retrouvent coincés entre le
cahier noir et la connaissance du soir …
Cri
ton coeur est un passage où le mistral se meurt
dans
ton horizon coule d'étranges lueurs
de
la nuit non n'est plus celle qui sait des douleurs
Cri
ton humeur ne vaut pas ton humour
dans
cette triste histoire la chair ne s'habille qu'à
rebours
mais
dans les étoiles qui meurent la lumière n'a plus de
retour
La
chair c'est le vaisseau de nos transports
celle
qui est aussi le port de nos écritures
quand
je mets l'encre dans une gourmandise
je
les entends les voiles de l'Argonaute et les cris
de Jason
aucun
marin ne peut nager vers l'aventure
s'il
veut poursuivre et sur vivre c'est dans un vaisseau
qu'il
fera n'être l'émotion, et dans les mots scions
naîtront des arbres
aux
écorces tendres ou rugueuses
comme
les vents de notre coeur qui vagues mentent
par
chassant les odeurs de nos marées comme celle de
nos éclairs
de
riz tombant aux bals de nos mariées.
Comment
va la chair si elle n'expose plus d'émotions ?
Aux
ignorants…
Richard
Morgiève in Vertig, Denoël :
« Un
Cette
autre idée aussitôt effacée que somme toute j'étais
programmé pour tout effacer et je me disais il y a
la guerre en moi INTERPOL me flique à mort et je
vais en crever et je me disais en luttant contre le
blanc – ça y est c'est la guerre civile! Ça devait
arriver ! J'étais.
Zéro
J'étais
un palimpseste ? C'est ça ? J'étais effacé pour
écrire et je pouvais toujours effacer pour écrire
m'écrire être écrit ? Mais je ne voulais pas
m'effacer pour donner la place à ? À qui à quoi ?
Je voulais ce que j'étais ? Je voulais qui j'étais
? Mais .
Un
Ça
parlait de mort depuis toujours ou presque de mort
de peine de terreur et de folie le. »
…Que
nous sommes car deux coeurs, voir même des yeux, en
soi tout se mélange et on ne se connaît jamais.
Dans la chair il y a le prix à payer qui se
manifeste, il y a la passion qui fait couler le
sang, carmine passion liée aux cordes de nos
attachements, tout nous attache tout nous attaque
et ce n'est jamais vin car l'eau n'est pas à
transformer, elle est larmes.
Elle
est l'arme, celle du courage, comme celle de la
gomme aromatique, délivrant les caresses comme les
parfums de menthe. Alors oui ode à la chair, car la
chanson du sang est celle qui nous fait perdurer,
et quand l'on se teinte d'encre, les mots prennent
aussi la couleur sombre du sang, du sans retour, du
sans recours, du sans arrêt car on avance on
s'efface certes mais jamais les mots tracés. Eux
pour ailes. Si on ne s'efface pas on s'envo/i/le
donc. Et cela se fait sans h/un bruit.
C'est
dans l'écrit-tür que se pose le Vertig
et dans
la perte qu'il se manifeste, mais comment dans le
principe faire la fête à ce vide, à ce manque qui
ne comble pas le mot ? Dans l'ouverture de l'écrit
se teinte une rupture des feintes, une ap/porte de
mémoires en fuites comme en suites, comme elles en
suinteraient sans fin. Et dans ce suint quelle
nautique cuisine ferait voguer l'Argonaute ? Même
dans notre belle époque moderne de l'induction,
rien ne remplacera l'incarnation, car il est part
de l'Un dans sa carnation, dans son acceptation,
dans sa vision de combler un vide d'air, et un vide
d'R donne enfin à vider, non ?
Et pour
en finir là, si
« sans
faire de bruit
» était
encore plus bruyant, comme un continu
bruissement, icelui de l'eau vive du torrent,
avec les plaies de sable et les bosses des rocs
?
Pant
![]()
À
Propos de l'auteur,
Né
en 1968 en Bretagne Sud, Pant est un celte
de
cœur, peut
être pour ça l'influence des mots et de leur
musique, et son attrait pour le chamanisme...
Publications
essentiellement sur son site Internet
néanmoins,
aussi publié chez Mille poètes éditions avec en
2006, ÉCRI(t)S DANS LA NUIT ET G(r)AINS DE
LUMIÈRES , qui va être suivi avant la fin de
l'année
d’À vif d'histoires
illustré par Marlen.
![]()
— Douze pieds —
Douze pieds marchent au pas, sans faire de bruit
Je ne vis plus pour elle, je ne vis plus pour rien
Je ne vis plus vraiment, et pas plus mal qu’avant
Au cœur, au corps, encore, alors ça va très bien.
Quant elle a raccroché je me suis senti vivre
La vie prépare la mort, j’étais prêt, vivre mort.
J’ai senti sur ma peau son souffle et son parfum
Attirant vers les cieux mon esprit de défunt
La couleur de ses yeux qui brillent à la nuit
Les airs de son visage hâlé par mes sanglots.
J’ai vu au loin le ciel qui me tendait les bras
Je l’ai salué bien bas, étais-je prêt pour elle.
J’ai vu des multitudes de rails, de fers si tristes
Qui menaient à jamais dans l’œil d’un abysse.
Un gouffre en état d’âme, fenêtre en cours des cœurs
Les volets de l’amour laissent perler les pleurs.
C’est toi, c’est mon étoile, qui laisse sa clarté
Et s’écarte des toiles, qui choit au choix sacré.
Une étoile filante, une fille qui hante
Une infinie beauté qui luit sous mes paupières
Je l’attends tant de temps, passer le temps d’un jour
Assise à mon Soleil où s’échoue son amour.
Elle s’éteint d’aussi loin que l’on l’a vue venir
Et s’en va en pudeur que l’on laisse mourir.
Quand les duos des cœurs, les danseurs intrépides
Abattent leurs pas sans au passage des mœurs,
Les morts d’en corps, des pris, les artistes encore seuls
Se laissent, emportés, orphelins de la nuit.
Ils repassent les traits, les histoires d’avant sort
Quand trépassent les nés, et les mirages en or.
Les paramours d’avant au sérail des femmes,
Les caravansérails dans les dunes des corps.
S’envolant vers le haut, les pieds quittent le bas
Et les têtes des Ô laissent en prose les las.
Quittant les mères, les mers, et les pères et les paires
Les solo d’outre-tombe d’épuisement se tombent.
D’un pied déjà hantèrent, pousser l’autre à la nuit,
Pour qu’emporte la foule les pleurs d’une vie.
Comme un trépas de l’âme porte sur l’autre monde
Un soupirail qui se dégage d’en gage d’homme.
Les grains de sable coulent, s’écoulent et le château
De ta vie a croulé sous le poids du passé ;
Et encore de ses mots.
Et ce soir comme encore elle trace, et retrace
Les facettes multiples et les diverses faces
D’un semblant, et d’un masque, ah qu’il est terrifiant
Sur lequel tout ce bruit ne serait que pour rien.
Mais elle parle, et elle raconte, au long du temps
Ce qui se passe, ou qui trépasse, on le sait bien.
C’est un bourdonnement, mais cruel à nos cœurs
Quand est clamée la triste fin de nos bonheurs.
Quand les cris de nos maux ne sont que peur aux yeux
On a l’écrit des mots pour unique détour.
Et c’est sans faire de bruit qu’on part, chacun son tour,
On meurt seul, dans un dernier souffle silencieux.
Sans faire de bruit, dans le silence de mes mots.
Artur Letertre
![]()
À
Propos de l'auteur :
Je
m’appelle Arthur, suis au lycée Emile Zola de Rennes
; basketteur et ancien danseur, je passe la plupart
de mes nuits à écrire ou rêver.
Ces
textes sont trouvés, là-haut, dans les étoiles
Qu’une
plume égarée, tombant de ce grand voilà,
A
cru bon de dicter durant de noire nuit
A
une main du soir, main noire de la vie.
Il
en serait ainsi, ce serait comme ça ;
La
Plume avait l’emprise sur cinq de mes dix doigts.
Elle
laissa à ma main le soin de la rature
— Les filets de la pluie —
En lentes
mouvances
les gouttes de pluie
coulent filets errants
sur la vitre embuée
Un mince rayon de soleil
pris au piège dans les plis du voilage
s’accroche
papillon de lumière
S’évadent mes pensées
qui roulent en roue libre
sur les ailes des vents
vers les chants des cigales
Aux prisons de la chambre
goutte à goutte
les heures s’écoulent
frissonne le silence
Jacqueline Jardin
![]()
À
Propos de l'auteur :
Rennaise, retraitée depuis peu, — premier écrit poétique mis en lumière aujourd’hui — ce besoin de poésie et la force des mots restent pour moi un mystère.
![]()
— Après on verrait —
Il est
sorti de la chambre juste quelques instants. Dans ses
mains au retour une petite fiole qu’il manipulait
avec précaution et délicatesse comme on le ferait
d’un objet précieux. Il posa la fiole sur le lit. Il
souriait. Elle ne savait pas pourquoi il souriait
ainsi mais elle aimait bien son sourire. Il dit : «
ce sont les femmes qui la font avec de la graine
d’Argan ». Elle ne savait pas ce qu’était la graine
d’Argan. Après elle saurait, elle chercherait à
savoir. Mais là pendant qu’il souriait elle ne savait
pas les bienfaits de l’huile berbère, elle ne se
doutait pas que d’un arbuste épineux pouvait naître
quelque chose d’aussi délicat.
« Il
faut se laisser aller – un peu, je
t’apprendrai », lui a t-il murmuré à l’oreille
avant de commencer.
Il ouvrit
la fiole, versa dans le creux de sa paume un peu de
l’huile dorée si délicatement parfumée. Puis il
frotta ses mains l’une contre l’autre, le regard
tourné vers elle, sans un mot, que les yeux qui
parlent plaisir, désir. Et puis il commença, là,
juste au dessus du genou, les deux mains s’ouvrant
sur la cuisse dans un geste d’offrande, il commença
d’étaler l’huile d’Argan, doucement d’abord puis
fermement il dessina le corps, son corps à elle, à
l’huile de la graine pilée par les femmes de là bas,
qui savent elles, de la forme du corps, que le corps
de la femme se dessine dans la caresse de l’homme.
C’était une main d’homme grande et puissante qui
couvrait d’une odeur subtile et raffinée sa peau
toute entière. Ses mains à lui dessinant la pensée
d’une image éphémère, construite pour le plaisir de
lui dire sans un mot, sans faire de bruit, lui dire
un corps à connaître, qu’il aimerait connaître,
seulement dans le silence de sa bouche pour sourire
et de ses mains pour caresser et deviner l’onctuosité
–peut-être-, d’un amour encore indiscipliné ou alors
à naître.?Après on verrait.
Maud Viala
![]()
À
Propos de l'auteur,
L'auteur
dit : féminin pluriel figurée virtuelle. Ma
conception de la littérature ? Expression du
sens; masculin pluriel.
— Sans faire de bruit —
Voilà des
mois qu’ils m’en parlent, qu’ils en parlent entre
eux, en famille, au téléphone, au square, à leurs
amis, en précisant à chaque fois qu’il ne faut pas
trop en parler. Il paraît que ça pourrait m’affoler.
C’est vrai que ça ressemble à la première chose grave
qui va m’arriver. Tout ce que je sais c’est que je
suis au centre de cette affaire. En premier il faut
que je sois propre! Je ne trouve pas du tout sale de
faire dans ma couche, maman enveloppe le tout dans un
joli petit paquet et hop !ni vu ni connu.
C’était pratique mais ce n’est semble-t-il pas la
bonne méthode. « Ce n’est plus
possible », a dit maman.
Une fois
encore je vais céder, ça leur fait tellement plaisir.
Il reste que je sais comment faire pour les
contrarier... Ploc...! Enfin vous avez sans doute
compris, tout ce cirque, c’est pour pouvoir aller à
l’école. Tout le monde me promet monts et merveilles.
« Tu verras, tu auras plein de petits camarades,
tu vas peindre sur de grandes feuilles, tu vas
apprendre de nouvelles chansons, tu auras plein de
jeux à ta disposition. ». Faut voir! Je ne
m’emballe pas si vite moi.
Le
premier jour enfin arrivé, maman me déguise en tout
neuf, quelle idée! Je ne me reconnais même pas dans
la glace du hall de l’immeuble. Ma chemise me gratte,
mes chaussures me serrent. Oh ! Ça m’a l’air mal
parti cette journée. Je la connais pourtant cette
école, je l’ai visitée quand maman et papa sont venus
m’inscrire ; je ne savais pas qu’un seul détail
changerait tout : ce jour là, il n’y avait pas
d’enfants.
Aujourd’hui,
ça grouille partout.
Je suis
bien accueilli par une dame très gentille, avec un
vieux prénom comme Bernadette ou Antoinette, je n’ai
pas bien compris à cause du bruit qu’il y a dans
cette classe. Je n’en crois pas mes oreilles, Logan,
le caïd du square, la terreur du bac à sable hurle à
pleins poumons, il est tout rouge. Il appelle sa
mère. Voilà qu’il entraîne avec lui tout un concert
de braillards, la dame en « ette »,
peut-être bien Paulette ou Suzette, ne sait plus où
donner de la tête. Elle console, cajole les plus
forts en voix, court après les fugitifs. Et moi, sans
faire de bruit j’ai mal aussi à mon cœur, peut-être
plus mal que tous ces chialeurs mais mon silence
m’isole. Josette ou Perlette ne me voit pas. On
tourne autour de moi, on me bouscule. Pour la
première fois sans maman et papa j’ai mal tout seul.
Je ne digère pas la trahison, on m’a menti, personne
ne chante de chanson, on n’a pas sorti la peinture
sans doute à cause des fous furieux qui nous en font
voir de toutes les couleurs. J’essaie de prendre un
jeu, mais une personne me l’arrache des mains. Je
vois bien que je suis chez les sauvages. En plus il
faut être propre tous ensemble, à la même heure
devant tout le monde. Moi aussi je pleurerais bien
mais Jeannette ou Odette n’a plus de temps pour moi.
Alors je
fais un plan d’évasion, à l’heure de la cantine, sans
faire de bruit, je prends mon doudou, je me glisse
dans l’ombre d’un papa et je sors de l’école.
Dehors
tout me semble si calme. Je vais m’allonger à côté du
monsieur qui dort sur un banc. Maman m’a dit que
c’était quelqu’un qui n’aimait pas vivre avec les
autres Je crois que je suis comme lui. C’est dommage
elle avait l’air gentille Pierrette... Claudette...
Ginette ? Tout ce que je sais c’est que le monsieur
du banc, il s’appelle Bébert.
Anonyme
![]()