La nourriture dans la littérature fait-elle recette ?

   Adélaïde : De Gargantua à une vision malsaine véhiculée par certains auteurs aujourd’hui, des beaux livres de cuisine à ambition poétique aux recettes incorporées dans les romans, la nourriture et sa cuisine vous semblent-elles avoir un intérêt dans la littérature ? Voici quelques phrases extraites de A room of one’s own de Virginia Woolf : « It is a curious fact that novelists have a way of making us believe that luncheons parties are invariably memorable for something very witty that was said or for something wise that was done. But they seldom spare a word for what was eaten (…) Here, however, I shall take the liberty to defy that convention and to tell you that the lunch on this occasion began with soles… » ; « Il est curieux que les romanciers aient une façon de nous faire croire qu’on se souvient toujours de déjeuners parce qu’on y a dit quelque chose de spirituel ou qu’on y a fait quelque chose de sage. Mais ils ne disent pas un mot ce qui a été mangé. (…) Ici, cependant, je prendrai la liberté de défier cette convention et vous dirai que le déjeuner commença avec des soles… »
   Je pense que parler des choses quotidiennes donc des repas, de la nourriture, donne un caractère vivant à l’œuvre littéraire, ouvert sur la société, et des moments de partage ; aujourd’hui cependant, nombre d’écrivains prennent l’alimentation comme thème pour parler d’eux, de leur régime, de leurs troubles, et je trouve que l’évocation de la nourriture tient davantage de l’ordre de la thérapie plutôt que de la littérature…

   Pascale : Je me pose aussi la question de savoir pourquoi des références à la cuisine. On a en effet plus de chance de tomber dans un roman sur la recette de la poule au pot que sur un paragraphe sur la façon de faire pousser des fleurs, par exemple… Est-ce parce que la nourriture agit comme un liant, qu’elle parle ou devrait parler à tous, la cuisine fédératrice ?

   Edith : Je dois dire que certaines nouvelles comme celles de Yoko Ogawa dans Nouvelles morbides où les carottes du jardin sont en fait les doigts du mari trucidé, ou encore celle de Gombrowicz dans Le festin chez la comtesse Fritouille où, en guise de festin ces messieurs dames de la haute société se livrent au plus cruel cannibalisme (sauf le vendredi, — la bible l’interdit) auraient un peu tendance à me couper l’appétit.

   Olivia : Aucun souvenir de recettes intégrées dans des romans que j’aurais lus ne me revient à l’esprit… Mais il est vrai que la nourriture fait partie du monde fantastique de certains auteurs que j’admire et dont l’étrangeté me semble complètement naturelle : je pense aussi à Yoko Ogawa, que tu viens de mentionner, Edith. Dans L’Art de cuisiner les légumes chinois, les légumes phosphorescents sont presque une manifestation surnaturelle, un personnage ou un fantôme ; Un cours de cuisine (ces deux nouvelles sont extraites du recueil Les Paupières) pourrait être décrit comme la parabole de la vie, au travers du destin du morceau de carotte régurgité par l’évier qu’on débouche et qu’on n’hésite pas à lancer dans la marmite sur le feu… En japonais, le mot cuisine s’écrit d’ailleurs à l’aide de deux caractères qui signifient, respectivement, « matériau » et « raison, logique ». L’écriture même donne à la cuisine ses lettres de noblesse…

   Robin : En songeant à ta question Adélaïde, sur la littérature et la cuisine, j’ai tout de suite pensé aux envolées lyriques de banquets pantagruéliques… Pour me rendre compte qu’aucun souvenir de ce type ne me revenait ! Pas de grande scène de festin, de grandes bouffes lues, mais plutôt un renforcement du réel présenté dans les textes. Les repas de Don Quichotte essentiellement composés de fromage et de pain, simples, tout juste évoqués en quelques mots, mais ces brèves phrases m’ont marqué, véhiculant des habitudes alimentaires propres à l’Espagne de l’époque.

   Pascale : Si ce phénomène de références culinaires dans la littérature n’est pas nouveau, je pense qu’il a tendance à devenir plus courant, chacun y va de son couplet sur les bienfaits d’un repas mijoté puis partagé dans une convivialité de bon ton. Je n’ai rien contre, enfin pas beaucoup, mais je doute que cela puisse changer quoi que ce soit à un roman qui, s’il est mauvais, restera mauvais et s’il est bon, miam ! , n’a de toute façon pas besoin de ça. Un de mes livres préférés récemment, Babylone sous les bombes, de Stéphane Mariesté, illustre bien ce propos : l’inclusion de la recette du poulet en terrine, si elle m’a semblé incongrue telle qu’elle nous est livrée dans son intégrité pages 114 à 116 n’a pas déparé le roman, on peut même la percevoir comme une touche de complicité, clin d’œil de l’auteur à ses lecteurs….

   Edith : Pour être honnête et en bonne gourmande que je sais aussi être, je mangerais volontiers un peu de seiche à la Desbiolles avec un plaisir aussi recherché que celui que les asperges de Proust avaient su m’offrir. Et oui, car si de Proust on connaît les madeleines, on ignore souvent que ses asperges sont tout aussi délectables.

   Philippe : Je ne sais pas si je peux contribuer sérieusement au débat : trop gourmand, sans doute. Tout ça me fait penser, pêle-mêle, aux rognons de Bloom dans Ulysse de Joyce (il me semble encore les entendre rissoler), au banquet inaugural de Salammbô (on y mange les choses les plus invraisemblables, je crois même qu’on y mange du « phénicoptère » — c’est ainsi que j’ai appris cet autre nom du flamant rose. D’ailleurs Flaubert souvent me donne faim, on sent de l’appétit véritable chez lui. Jean-Pierre Richard en parle, je crois bien, dans Littérature et sensation. Je suis sûrement trop porté sur les choses de la table pour réfléchir avec suffisamment de distance aux relations entre nourriture et littérature : quand je repense à Asiles de fous, de Régis Jauffret, lu récemment, je ne peux en premier lieu m’empêcher de penser que cet écrivain est sûrement quelqu’un avec qui partager une bonne bouteille.

   Pascale : J’ai pris connaissance d’un petit opus collectif chez Folio 2€ intitulé Des mots à la bouche : festins littéraires, dans lequel on peut, selon les mots de l’éditeur : « Partager un repas de fête avec Gervaise, Lantier et leurs amis, ou savourer la perfection du festin de Babette, découvrir les subtilités de la cuisine japonaise avec le seigneur Chikuzen Nobushiro, déguster le gâteau de mariage d’Emma Bovary, rêver d’agapes avec le révérend dom Balaguère ou accompagner Cyrano de Bergerac à la célèbre Rôtisserie des Poètes. »
   Et, pour revenir au côté effet de mode, j’apprends que même Amélie Nothomb, célèbre rebelle à la nourriture, cède à la tentation en livrant dans son dernier roman Ni d’Eve ni d’Adam quelques recettes japonaises propres à titiller les papilles des lecteurs gourmands.!

   Estelle : Concernant les écrivains qui arrivent à parler d’autre chose qu’eux-mêmes en dissertant sur la nourriture, il y a Alexandre Dumas. Eh oui ! Cet auteur infatigable (il serait l’écrivain français le plus prolifique, devant Proust, Balzac ou Zola) a beaucoup voyagé et fréquemment parlé de nourriture dans ses récits de voyages (en Sicile ou en Russie, notamment). Il a aussi écrit un dictionnaire de cuisine avec des termes et des définitions. Par exemple, il consacre une entrée au terme de « casserole ». Le style de cet article est littéraire car Dumas ne s’arrête pas à la simple définition d’une casserole (contenant et contenu), il écrit un éloge de la fricassée, des maîtres fricasseurs et de l’humble accessoire servant aux casserolées.

   Robin : La nourriture et les repas ont certainement plus de force littéraire à mes yeux par la minutie de leur description, la précision du vocabulaire employé. Bien sûr, on frise la poésie facile et convenue à s’émerveiller de l’emploi de mots comme rissoler, mais Georges Perec est de ces auteurs qui savent jouer des vocabulaires spécifiques à bon escient. Les prétendus festins de Sylvie et Jérôme dans les Choses participent ainsi à la présentation de leur banalité, de leurs goûts vagues, particulièrement quand le narrateur leur oppose une cuisine maîtrisée : connaître le vrai sens de « mijoter », l’effet produit sur la nourriture, quand les deux jeunes gens se focalisent simplement sur la quantité du repas. Toute précision du langage peut être exploitée et faire sens !

   Olivia : La nourriture fait partie de la vie. Pour la littérature (qui ne saurait être strictement, c’est le cas de le dire, désincarnée), elle est donc un sujet comme un autre. Je ne crois pas à des sujets qui seraient nobles et à d’autres qui ne le seraient pas. Seul importe le talent avec lequel on les traite. Qui mieux qu’André Gide a rendu la dimension spirituelle des Nourritures terrestres ? Et que dire des Mangeurs d’étoiles de Romain Gary, de ces étoiles que pour supporter la vie on mange - ou on lit, aussi… Ne dit-on pas d’ailleurs « dévorer un livre » ? Tout est nourriture, tout est littérature, et vice-versa.

   Edith : Eh bien figurez-vous que j’étais bien ennuyée pour participer à cette conversation : pour moi la place de la nourriture dans la littérature c’est surtout le carré de chocolat que je grignote sur mon canapé et encore ! Avouons-le… il s’agirait plutôt de la tablette de chocolat tout entière ! Or, comme moi vous savez que les livres n’aiment pas le chocolat, dixit les yeux noirs entourés de blanc vitreux dont certaines pages portent la trace.

   Philippe : Tiens, à propos de gourmandise, Eric Chevillard : « Lorsque je vous ai autorisé à finir mes restes, je parlais de mon poireau vinaigrette, se plaignait tout à l’heure, à la terrasse du restaurant Le Gourmand, un vieillard du genre grincheux que déchiquetaient à belles dents cinq ou six gamins des rues. » (L’Autofictif, blog d’Eric Chevillard)

   Adélaïde : Après une si longue conversation, vous méritez bien un peu de « nourriture littéraire »… Voici une nouvelle de Stéphane Mariesté, La mer Blanquette. Bon Appétit !

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                                     — La mer blanquette —



   — Raconte-moi la mer.
   — Tu préfères pas plutôt de la blanquette de veau ?
   — Aussi ! Mais raconte.
   — Laquelle ?
   — Celle de ton choix !
   Et nous mettons la table en réfléchissant.
   La mer, ça tangue bien sûr. Ça tangue même drôlement, mais à part ça, que dire ?
   Voyons : assiette, fourchette, couteau, poivre, sel, la mer…
   Celle de juillet bastonnant les bords de quai. Celle de laquelle débarquent des cohortes de touristes les poches pleines de billets. Verts les billets, s’il vous plaît. Papiers fripés à échanger contre baisers salés, jeunes, très jeunes, noirs, blancs, jaunes… Une terre tropicale et la mer, bien sûr, tout autour.
   Verre…
   Ou celle  émeraude, transparente, et au fond du sable blond comme un désert. De loin en loin ; une grappe végétale, un bouquet de vie, une tripotée d’espèces, une constellation de nageoires, de pinces, d’écailles. Celle-ci défilant sous l’étrave ressemble à ces bibelots pour touristes, ces paysages marins coulés dans de la résine desquels s’échappent, immobiles, une étoile bleue de mer, un espadon, une amphore…
   Ou cette autre en acier. Trempée bien sûr. Coléreuse, tempétueuse, qui rechigne, qui tabasse, qui malmène, se démène, pour la nuit tombée s’adoucir, retombée. La nuit tombée tout tombe ; la mer, le vent, le moral du marin, les godets de rhum, le marin…
   Serviette…
   Il en est une sur la lune dite de la tranquillité. Une mer sans eau, forcément c’est tranquille. C’est une mer abstraite, une vue de l’esprit, une vue de la terre.
   Mer Méditerranée avec l’accent sur port et accents sur vagues…
   Ou Mer Rouge aux eaux malfamées, sillonnée de pirates aux sourires cruels cousus aux coins des lèvres, l’œil torve, l’autre sous bandeaux, les cheveux rangés dans un bandana, jambe de bois, chemise à fleurs, short australien, et dans les mains ; une Kalachnikov rutilante. Le pirate vit avec son temps. En réalité elle n’est pas Rouge, le pirate ne saigne pas la clientèle aux quatre veines ni aux quatre vents.
   Ou celle qu’on voit danser le long…
   Quelque part sur la ligne d’horizon, attend une femme. Elle est debout sur un quai, sa robe, ses cheveux claquent au vent. Elle se mord les lèvres jusqu’au sang, plissent les yeux. Elle est anxieuse, se tend, attend. Mains nouées, elle pleure.
   — Eau de mer, pleure de terre.
   — Un beau début pour une nouvelle !
   — Ou une belle fin !
   Nous réfléchissons.
   Moi et moi, soudain silencieux, réfléchissons et plongeons la tête dans notre assiette.
   Lorsque je suis seul, je suis deux. J’ambivale, ça aide.
   Pour créer, je veux dire.
   Non, plutôt celle-ci : ronde, blanche, crémeuse, dans laquelle baignent les grandes terres de Viande, les îles Pomme de terre, les dangereux récifs Carotte.
   Des embarcations en forme de grain de thym la parcourent, bringuebalées par les vents Fourchette, les lames de fond Couteau. Là, un monstre marin en rondelles d’oignon, un monstre ancestral accouché par la création, quasiment un Dieu, se dore le bulbe. Ici, une feuille de laurier crée un pont entre deux continents. Plus loin, les îles vertes Persil sont menacés d’inondation, d’ensevelissement, de disparition. C’est une jolie mer, presque nacrée, avec plage de faïence tout autour, plage fleurie. C’est une mer capricieuse, prête à vous mettre une saucée.
   — Et cette femme ?
   — Quelle femme ?
   — Celle de tout à l’heure, celle qui pleure ?
   Elle se tient en bout de quai. Le plus avancé du port de Cartilage en Haut de Côtes ; une île gigantesque, presque un continent. Elle domine les flots, elle attend, elle pleure, elle prie. Elle invoque la trinité créatrice des mondes de la Blanquette : Veau , Blanc, Beurre. Elle est un peu ivre, chancelante. Blanc se manifeste par bourrasques, Veau tangue, Beurre glisse. Elle hésite à se laisser aller dans la crème, s’abandonner, mourir. Son marin d’amoureux n’est pas rentré, bien cinq minutes qu’il est parti.
   — Une tragédie ?
   — Une tragédie poignante, avec de l’amour, de la haine, et une intrigue.
   Car le roi de Girofle — un mec sans arrêt sur les dents — convoite la belle, la douce, la rousse enfant de Haut de Côtes. Pour la séduire, rien ne l’arrête, rien n’est trop beau pour elle. Hier, il jetait à ses pieds ses parfums tropicaux, ses exhalaisons exotiques, mais rien à foutre, la belle ne l’aimait pas, ne l’aime pas. Elle lui préfère un caïeu de marin, un dur à cuir, un type à l’odeur familière avec un bon gros germe, un mec, un vrai, un tout droit tombé des nues.
   — Une tragédie sur la différence, l’intégration ?
   — Une tragédie sociale !
   Fou d’amour, désespéré, le roi Girofle éloigne le marin, l’envoie dans des contrées inconnues, dangereuses, poivrées, salées, froides. Là-bas, nul ne survit. Les vents Fourchette y sont très violents, les lames Couteau déferlent, s’enchaînent comme une mécanique infernale. Sans parler des raz-de-marée Pain qui, — paraît-il — laisse après leurs passages un vide au milieu de la mer, comme du néant qui peinerait à se refermer.
    Non ?
   — Si !
   Le roi de Girofle espère que Cayeu n’en reviendra pas. Aux dernières nouvelles son embarcation s’était brossée sur les récifs Carotte dans les parages de la circonférence Ouest, côté carafe. Son rival est dans la panade, a peu de chance de s’en tirer.
   À bien y réfléchir, c’est certain. Affaire classée. Caïeu n’est plus.
   — Mais ?
   — Mais !
   Mais Caïeu est ! Est même l’unique survivant du naufrage. L’équipage a sombré corps et âmes, avalé, dilué dans la mer Blanquette. Tous ont péri, excepté Caïeu. Le naufragé s’agrippe à un brin de laurier, il dériva, dérive, dérivera, épuisé, vidé, mais vivant. Quoi qu’il ait un mauvais pressentiment parce que sa vie défile devant ses yeux.
   Il avait été graine, et bien qu’il ne s’en souvienne plus c’est par cette étape que débute sa rétrospective. Sans doute est-ce important.
   C’est important ! C’est confus, vague, mais ça défile.
   Puis il avait été jeune pousse verte, tendre et légèrement corsée. Cette période-là défile aussi rapidement qu’elle l’avait fait à l’époque. Quelques regrets plus loin, il en est au déracinement. Ça avait été difficile le déracinement. Après, il avait vécu en société, en tresse. Ça ne se passait pas si mal. Enfin ça ne c’était pas si mal passé.
   Mais un jour, – hier — alors qu’il suspendait au troisième depuis des lustres et ne se souciait de rien, pépère, on l’avait délogé et embarqué avec d’autres. Hier, il perdait tout, jusqu’à sa chemise. Ensuite…
    Ensuite il avait eu chaud au cul, c’était cuité au vingt blanc. Et… et il ne se souvenait plus de rien.
   Lorsqu’il s’était éveillé, il découvrait le sourire de la fille de Haut de Côtes et une tripotée de déconvenues. D’abord, elle ne le branchait pas plus que ça la fille de Haut de Côtes. Elle n’était pas, mais alors pas du tout son genre. En réalité, Caïeu préférait le roi Girofle, son exotisme, son clou.
   — Une tragédie sociale et mœurs ?
   — J’ouvre à une clientèle plus large !
   L’étonnement passé, Caïeu avait vu ce nouveau monde comme une résurrection, une seconde vie, une deuxième chance ou un truc du genre, et se retrouver si près de la fin… Forcément, il rage, il écume, il pousse la crème, repousse l’Histoire, se bat…
   — Un peu d’héroïsme c’est bien aussi.
   — Ce qu’il y a, c’est que ça refroidit.
   — Sa lutte n’en est que plus belle.
   Le voici qui rassemble ces dernières forces, lâche son bout de laurier et nage vers un quart de champignon de Paris plus en adéquation avec l’idée qu’il se fait d’un radeau. Il souffre, halète, il y est presque et…
   — …Et j’ai faim.
   —…
   —…
   Quelquefois, moi et moi ne trouvons rien à penser…
   Ou à nous dire…
   Et inversement.
   — …
   — Bon d’accord. Fin !
   Le valeureux Caïeu sombre. Le roi de Girofle se fait dévorer, empire y compris. Miss Haut de Côtes court en tous sens, lutte, mais la trinité punit sans façon, déchaîne ses plaies ; vents, lames, raz-de-marée, et finalement la belle succombe à son tour.
   Un verre de rouge les pousse vers l’au-delà.
   — …Et donc, pas le plus petit début d’une histoire, encore moins celui d’une nouvelle.
   — Retour à la case départ.
   — Les nouvelles, c’est chiant !
   — Surtout pour réussir un début.
   —…
   — Pourquoi, lorsque l’on est seul, on se retrouve deux ?
   — …Une nouvelle philosophique dont les héros seraient le corps et l’esprit ? L’alter et l’ego ? Un truc burlesque !?
   — Ou une tragédie sur la vie : l’ambivalence de la création, le mal être de l’auteur, sa dualité assumée, ou pas, ou peu, ou plus, ou peut-être …
   — Les maux pour les mots ?
   — Et inversement !
   — Pas mal… En tous cas, ça peut faire un bon début.
   — Ou une jolie fin.
   Voyons…
   Mousse au chocolat.
   Au cœur des noires nébuleuses, les âmes se tiennent à carreaux et…


Stéphane Mariesté


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   À Propos de l'auteur,
   Cristelle Mauger, sa compagne dit : Né en 1964 à Foix en Ariège, Stéphane Mariesté a grandi au large des côtes sénégalaises, puis étudié à l’École Supérieure des Beaux Arts de Saint-Etienne.
   Entre la Nouvelle-calédonie, Tahiti, la France, terres de cœur ou d’accueil, il a longtemps exercé le métier de créatif et s’est essayé à bon nombre d’arts, du dessin à la musique en passant par la photo et la vidéo. Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait fini par prendre la plume pour un premier roman. Rien d’étonnant non plus à ce que cet auteur à l’âme apatride ait écrit ses premières lignes dans un avion.
   Et rien d’étonnant toujours à ce que Babylone sous les bombes, trimballe ce doux parfum d’ailleurs.


Trait-1

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