Édito


   « Je ne sais pas ce que c’est une proposition incise, moi ! »
   Ça, c’est la plainte de son fils, avalant ses céréales complètes goût chocolat au-dessus d’un Folio trop neuf « une œuvre complète, qu’on étudie les mardis et j’pas fait les questions », avoue-t-il. Une œuvre complète sans arôme cacao.

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   « T’as compris son mail, toi ? C’est pas français ! Ça, c’est sa collègue devant lui et la machine, qui appuie pour sa boisson chocolatée puis un expresso, et il n’a plus qu’à lire le titre du bouquin dépassant de son sac : pourquoi est-ce le même que lisait sa voisine de métro pendant que… il vérifiait ses rendez-vous clients ? Est-ce une bombe, un bouquin explosif ? Il se souvient d’une petite amie hongroise qui lisait des poèmes hongrois pendant que… il vérifiait ses comptes. Le téléphone sonne.
   Le téléphone sonne et les mails pleuvent, les réunions se chevauchent et le téléphone mugit.
   « Excusez-moi, puis-je vous interroger pour écrire le roman de votre entreprise ? » 
Initiative du PDG ou de la com’ ? Va-t-on y parler du
personnel illettré ? Sans faire de remarques, il se plie à l’interview, vérifiant seulement qu’il ne va pas manquer la séance de vingt heures.
   Il la rejoint à temps, l’enlace avant d’entrer dans la salle.

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   Les derniers sous-titres puis le début du générique : le film est l’adaptation d’un roman, découvre-t-il.
   « Un roman virtuel, publié seulement en ligne, je crois. D’une écrivain avocate » explique sa compagne avocate non écrivain, adepte des petites fictions sur le web, des œuvres incomplètes qui complètent sa vie.

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   Le livre de classe de troisième de son fils est resté ouvert sur la table. Proposition incise, se souvient-il. Il s’empare du manuel pour trouver la réponse, une impulsion, il ne s’est jamais intéressé à ce jargon-là, et tombe sur trois pages de textes consacrés à Charles Juliet. « Connais pas », pense-t-il. Mais debout dans la cuisine, sans faire de bruit, en grignotant du chocolat, il les lit et, il trouve cela beau…

   La littérature n’est pas réservée aux littéraires, chacun peut prendre le chemin de l’imaginaire, alors l’édito est devenu une petite histoire où tous les articles du numéro 4 viennent d’être suggérés.


Adélaïde Simon


                                                — Ours —


Directrice de publication & rédactrice en chef : Adélaïde Simon
Rédactrice en chef adjointe : Édith Le Gruiec
Secrétaire de rédaction & correctrice : Pascale Coulon-Forrest
Comité de rédaction et de lecture : Silvia Candido, Olivia Cham, Pascale Coulon-Forrest (lecture), Ariane De Carheil, Robin Devillers, Edith Le Gruiec, Estelle Mariotte, Lorène Morvan, Adélaïde Simon.
Gestion : Adélaïde Simon.
Direction artistique : Stéphane Jolibert
Illustrations : Loïc Lucas

Un grand merci à Stéphane pour la mise à disposition généreuse
de son savoir-faire. Un don pour les muses.

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