Édito
« Je
ne sais pas ce que c’est une proposition incise,
moi ! »
Ça, c’est
la plainte de son fils, avalant ses céréales complètes
goût chocolat au-dessus d’un Folio trop neuf « une
œuvre complète, qu’on étudie les mardis et j’pas fait
les questions », avoue-t-il. Une œuvre complète sans
arôme cacao.
***
« T’as
compris son mail, toi ? C’est pas français !
Ça, c’est sa collègue devant lui et la machine, qui
appuie pour sa boisson chocolatée puis un
expresso,
et il n’a plus qu’à lire le titre du bouquin dépassant
de son sac : pourquoi est-ce le même que lisait sa
voisine de métro pendant que… il vérifiait ses
rendez-vous clients ? Est-ce une bombe, un bouquin
explosif ? Il se
souvient d’une petite amie hongroise qui
lisait des
poèmes
hongrois pendant
que… il vérifiait ses comptes. Le téléphone sonne.
Le
téléphone sonne et les mails pleuvent, les réunions se
chevauchent et le téléphone mugit.
« Excusez-moi,
puis-je vous interroger pour écrire
le roman de votre
entreprise ? »
Initiative du PDG ou de la com’ ? Va-t-on y parler
du personnel
illettré ?
Sans faire de remarques, il se plie à l’interview,
vérifiant seulement qu’il ne va pas manquer la
séance de vingt heures.
Il la
rejoint à temps, l’enlace avant d’entrer dans la salle.
***
Les derniers
sous-titres puis le
début du générique : le film est l’adaptation
d’un roman, découvre-t-il.
« Un roman virtuel, publié
seulement en ligne,
je
crois. D’une
écrivain avocate »
explique sa compagne avocate non écrivain, adepte
des petites fictions sur le web, des œuvres
incomplètes qui complètent sa vie.
***
Le livre de
classe de troisième de son fils est resté ouvert sur la
table. Proposition incise, se souvient-il. Il s’empare
du manuel pour trouver la réponse, une impulsion, il ne
s’est jamais intéressé à ce jargon-là, et tombe sur
trois pages de textes consacrés à Charles Juliet.
« Connais pas »,
pense-t-il. Mais debout dans la cuisine,
sans faire de
bruit, en
grignotant du chocolat, il les lit et, il trouve
cela beau…
La
littérature n’est pas réservée aux littéraires, chacun
peut prendre le chemin de l’imaginaire, alors l’édito
est devenu une petite histoire où tous les articles du
numéro 4 viennent d’être suggérés.
Adélaïde
Simon
— Ours —
Rédactrice en chef adjointe : Édith Le Gruiec
Secrétaire de rédaction & correctrice : Pascale Coulon-Forrest
Comité de rédaction et de lecture : Silvia Candido, Olivia Cham, Pascale Coulon-Forrest (lecture), Ariane De Carheil, Robin Devillers, Edith Le Gruiec, Estelle Mariotte, Lorène Morvan, Adélaïde Simon.
Gestion : Adélaïde Simon.
Direction artistique : Stéphane Jolibert
Illustrations : Loïc Lucas
Un
grand merci à Stéphane pour la mise
à disposition généreuse
de son savoir-faire. Un don pour les
muses.
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