Petina Gappah,
avocate devenue écrivain grâce à la virtualité…


   Pour échapper à la solitude. Pour se confronter à d’autres idées. Pour tester la réaction à un nouveau texte. Ou même simplement pour se montrer. Peu importe la raison, les écrivains ont, au fil des siècles, ressenti le besoin de se retrouver dans un endroit convivial et chaleureux – le café.
   Les siècles ont passé, les mœurs ont changé, la technologie a évolué et les écrivains se sont adaptés. Naissent désormais les cafés littéraires « virtuels » : un écran d’ordinateur à la place des feuilles tachées de café ; les smileys à la place des sourires ; la « communauté virtuelle » au lieu des amis ; et peut-être une tasse fumante fait maison au lieu du café commandé. Un endroit où les écrivains peuvent se « rencontrer », échanger des écrits et s’entraider en échangeant des critiques constructives avant de tenter d’être publiés.
C’est ainsi, dans le confort de chez moi, que j’ai connu Petina Gappah. Comment aurais-je pu la rencontrer autrement ? Elle habite à Genève, moi en banlieue parisienne. Nos chemins se sont croisés grâce à Zoetrope.
   Petina Gappah se définissait à l’époque – septembre 2006 – comme « un écrivain emprisonné dans le corps d’un avocat ». Quelques mois plus tard, sa nouvelle At the Sound of the Last Post arrive deuxième dans une compétition des pays du sud de l’Afrique. Le juge est le prix Nobel J.M. Coetzee. Sa nouvelle Rotten Row obtient une mention spéciale dans la même compétition. Aujourd’hui Petina Gappah dit à tous ceux qui veulent l’entendre qu’elle est écrivaine grâce à Zoetrope. Elle a accepté de répondre à mes questions.

Silvia Candido

SC : Comment a commencé ta carrière d’écrivain ?

PG : Je ne suis pas sûre qu’on puisse l’appeler une carrière : j’ai gagné très peu d’argent avec ça ! Je suis devenue un écrivain publié en septembre 2006, quand Miriam Koitzin, un des éditeurs du journal littéraire en ligne Per Contra, a vu ma première nouvelle dans l’atelier d’écriture Zoetrope et a demandé si elle pouvait la publier. Depuis, environ huit de mes nouvelles ont été publiées dans sept pays.

SC : Utilises-tu toujours Zoetrope dans ton procédé d’écriture ?

PG : J’ai utilisé Zoetrope pour obtenir des critiques sur environ huit nouvelles. Maintenant que j’ai une idée de ce que j’essaie de faire, j’utilise moins Zoetrope pour mes propres nouvelles. Mais j’y lis encore beaucoup de nouvelles. Je me suis fixé pour objectif d’en lire et d’en critiquer au moins deux par semaine. Je pense que lire et réfléchir sur le travail des autres est aussi important, pour mon développement en tant qu’écrivain, que ma propre écriture.

SC : Au début de ta carrière d’écrivain, tu t’es décrite comme un « écrivain emprisonné dans le corps d’un avocat ». Depuis combien de temps ressentais-tu le besoin d’être écrivain ?

PG : Ecrire est la seule chose que j’ai toujours voulu faire. Bien sûr, quand j’étais enfant, je voulais être plein de choses, y compris médecin vétérinaire le jour et danseuse de ballet la nuit ! Je me suis intéressée à plusieurs domaines, mais l’écriture a été la seule constante ; j’ai écrit chaque année de ma vie depuis l’âge de dix ans. J’ai fini par étudier le droit au Zimbabwe simplement parce que la médecine, le droit, l’ingénierie ou la comptabilité étaient les choses à faire si on avait de bonnes notes dans les A-levels, qui sont les examens de fin d’école secondaire. Donc j’ai étudié le droit, j’ai découvert que je l’aimais et j’ai poursuivi mes études pour me spécialiser dans le commerce international.

SC : Comment te vois-tu aujourd’hui?

PG : J’ai passé beaucoup de temps l’année passée avec des écrivains. J’ai été à la fois amusée et étonnée de voir à quel point la vie d’écrivain peut te rendre nombriliste et narcissique. Une de mes citations préférées de la lumineuse Susan Sontag est « engagez-vous avec le monde ». Ernest Hemingway invitait les écrivains à aller tirer sur du gibier et escalader les montagnes. T.S. Eliot et Kafka avaient des professions. Or, il est peu probable que je me mette à tirer sur du gibier dans le futur proche (même si j’espère escalader le Kilimandjaro l’année prochaine), mais le message que je retire de tout ça est que, en tant qu’écrivain, je devrais faire tout mon possible pour me connecter et m’engager dans le monde en dehors de ma propre écriture. Faire partie du monde du travail dans le domaine que j’ai choisi, aider les pays en voie de développement avec leurs disputes commerciales, est une telle connexion. Je ne me sens plus emprisonnée dans la loi. Je suis arrivée à la conclusion qu’avoir une vie professionnelle est un équilibre nécessaire à mon écriture. Je deviendrais folle si je n’avais rien d’autre à faire qu’écrire, parce que parfois l’écriture ne vient pas. C’est la chose à la fois la plus difficile et la plus facile que j’aie jamais faite. Quand ça coule, c’est merveilleux mais quand ça ne coule pas, c’est l’enfer. Il est donc important d’avoir une autre vie qui mette les moments infernaux en perspective.

SC : Tu as étudié en Angleterre et en Autriche et maintenant tu travailles en Suisse. Qu’est-ce qui t’a amenée à quitter ton pays natal, le Zimbabwe ?

PG : J’ai quitté le Zimbabwe après mon premier diplôme en droit en 1995 pour étudier. J’ai suivi une spécialisation en droit commercial international et j’ai fini par travailler pour l’Organisation Mondiale du Commerce qui, malheureusement, a ses bureaux uniquement dans une ville : Genève. J’ai quitté l’OMC après trois ans mais je suis restée dans le domaine un peu ésotérique du droit commercial, donc je continue à vivre et à travailler à Genève.

SC : Tu écris sur l’Afrique. Ton écriture est, selon les mots de J.M. Coetzee, « tristement amusante » et « satirique ». Penses-tu que la distance t’aide à former les nouvelles que tu écris ?

PG : Je dois mentionner que Coetzee a fait cette remarque sur une seule nouvelle… J’aime bien la satire, puisque je la trouve efficace quand j’écris sur le Zimbabwe. Je dois dire aussi que je n’écris pas sur l’Afrique. J’écris des nouvelles qui se déroulent dans un pays africain, le pays que je connais mieux que tous les autres, que j’aime plus que tous les autres, avec des personnes que je crois connaître et qui arrivent encore à me surprendre. J’écris sur les Zimbabwéens au Zimbabwe, mais aussi sur les Zimbabwéens dans la diaspora : l’effondrement économique au Zimbabwe depuis l’an 2000 a déraciné beaucoup de personnes qui ont trouvé domicile hors du pays. Donc j’écris sur l’expérience zimbabwéenne de la patrie et de l’exil. C’est peut être un terme trop grandiose et pompeux pour ce que je fais. J’écris l’histoire de zimbabwéens normaux, ordinaires, aimables et parfois carrément désagréables – d’êtres humains qui, il se trouve, sont simplement nés dans des circonstances particulières, à un endroit et à un moment particuliers.

SC : Tu es en train de terminer ton premier roman, qui se déroule en Rhodésie entre 1939 et 1979. De quoi parlera-t-il ?

PG : Je me suis déjà beaucoup exprimée sur mon premier roman et depuis on m’a conseillé de ne pas parler du travail en cours ! Tout ce que je dirai c’est que je suis dans la phase de mise au point et de finalisation. J’espère que vous le lirez bientôt.

SC : Est-ce qu’un titre a été déjà choisi ?

PG : Je ne veux pas trop me marier à un titre, parce que, si le roman est publié, l’éditeur pourrait décider de le changer, apparemment ça arrive souvent. Donc pour le moment je me concentre uniquement sur le roman.

SC : Quand pouvons-nous espérer le voir en librairie ?

PG : J’espère dans un an à peu près.

SC : Est-ce qu’il sera traduit en français ?

PG : Ce serait magnifique et je ferai certainement tout mon possible pour que cela arrive.

Interview réalisé par Silvia Candido

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                                             — Zoetrope —



Site web
Existe depuis : mars 1999
Fondé par : Francis Ford Coppola
« Virtual Studio » (permettant l’échange de critiques) créé en : juin 2000
6 ateliers d’écriture, 5 d’arts visuels, 3 de musique et son, 2 « autres »

Les chiffres au 21 septembre 2007 :
Membres : 92 058
Textes soumis : 72 995
Critiques : 504 510 
 

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                                         — Petina Gappah —


Age : 36
Nationalité : zimbabwéenne
Famille : un enfant, Kush, qui aura 4 ans en janvier
Etudes : universités de Zimbabwe, Graz (Autriche) et Cambridge (Royaume- Uni).
Profession : avocat
Domicile : Genève, Suisse
Ecrit depuis : ses dix ans
Première publication : Something Nice from London, Per Contra, septembre 2006
Nombre de nouvelles soumises dans Zoetrope : 8 nouvelles, 3 flash fictions
 

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